EAU & CLIMAT : Les enjeux s’amplifient et la conférence sur l’eau de l’ONU se prépare
Si 2022 est déjà oublié dans les consciences et les quotidiens de la majorité, l’état des nappes souterraines et des cours d’eau ainsi que les volumes de précipitations hivernales sont bien là pour nous rappeler à quel point la situation est bien critique ! Situation hydrogéologique – Décembre 22 & Janvier 23 D’après le suivi des nappes effectué par les équipes du BRGM, plus des trois-quarts des nappes demeurent bien en dessous les normales mensuelles pour les mois de décembre 2022 & janvier 2023. En effet, les pluies infiltrées durant l’automne et ce début d’hiver sont très insuffisantes pour compenser les déficits accumulés durant l’année 2022, particulièrement chaude et sèche. Durant l’hiver, les tendances dépendront essentiellement de la pluviométrie, et nous venons de comptabiliser 27 jours consécutifs sans pluie significative en France métropolitaine ! La recharge de ces prochains mois conditionnera les niveaux de l’été 2023. Ce début de recharge déficitaire risque d’impacter les nappes inertielles du Bassin parisien et plus particulièrement celles du couloir Rhône-Saône, fragilisées par un étiage sévère, pour l’année 2023. Par le passé, on a connu en 1978 une série de 28 jours mais c’était en octobre et novembre. Et une série de 31 jours entre mars et avril 2020. Par jour sans pluie, Météo-France entend un cumul des précipitations quotidiennes inférieur à 1 mm à l’échelle de la métropole. «Les sols se sont nettement asséchés depuis le milieu du mois de janvier. L’état actuel correspond à ce qu’on observe habituellement autour de la mi-avril. On a donc deux mois d’avance», indique Simon Mittelberger, climatologue à Météo-France. Pour cette période de l’année, les sols sont donc très secs mais ils sont quand même nettement plus humides qu’en été. Et le risque d’inondations par ruissellement reste donc bien plus faible. La situation est tout particulièrement préoccupante dans une partie de la région Occitanie, notamment dans les Pyrénées-Orientales. Ce département et la majorité du Var subissent déjà des restrictions d’usage de l’eau. Sol & cycle hydrique Les nappes ne se rechargent plus, certes par manque de pluie, mais aussi parce que les sols sont, soit de plus en plus urbanisés, soit devenu imperméables par certaines pratiques agricoles. La destruction du cycle hydrique est bien multi factoriel. Les échanges entre eau souterraine, telles que les nappes ou encore aquifères, et les cours d’eau permettent le maintien des 2 mondes : le monde souterrain et le monde de surface. Ces deux univers sont indissociables. Si les nappes se vident, alors les cours d’eau ne peuvent pas maintenir leur cours lors des épisodes de sécheresses estivaux voir hivernaux. Chaque geste réalisé en amont et aux abords des cours d’eau ont un impact sur l’ensemble du cycle hydrique. Chaque geste effectué sur le sol a un impact sur le maintien et la restauration du cycle hydrique. Comment réconcilier agriculture et résilience hydrique ? Peut être en commençant par valoriser chaque goutte d’eau au sein de l’agrosystème. Peut être en concevant des agroécosystèmes capables de ralentir la circulation l’eau pluviale, limiter l’érosion et la perte de fertilité. Il est vrai que nous nous sommes un peu éloignés des fondamentaux. En 50 ans nous n’avons pas ou peu eu une gestion vraiment éveillée de l’eau au sein de nos territoires. Le remembrement a entrainé la destruction massive de haies et de bocages, ainsi que bon nombre de zones humides, sans oublier la rectification des fossés et des cours d’eau voir leur plein artificialisation. On rajoute bien sûr l’urbanisation et l’imperméabilisation des sols (nous perdons l’équivalent de la surface d’un département tous les 10 ans en France métropolitaine), la mécanisation toujours plus agressive pour les sols agricoles et l’agrandissement démesuré du parcellaire. Sans oublier la stratégie agricole qui a été d’accélérer la circulation de l’eau, et ce jusqu’à aujourd’hui, Il nous faut dès maintenant promouvoir un nécessaire réaménagement des territoires agricoles : Restaurer, créer et développer des zones tampons telles que les zones humides, les haies, les maillages bocagers ; Revisiter les itinéraires techniques en intégrant l’arbre dans les outils de production, en innovant sur les implantations agroforestières, par le motif Keyline© qui a largement fait ses preuves dans les conditions topo-pédo-climatiques adaptées ; Développer les pratiques culturales qui permettent d’augmenter la porosité des sols, rendu possible notamment par les rotations de culture, les cycles long, des racines vivantes présentes à l’année dans les sols, la gestion holistique du pâturage, l’intégration de l’animal dans les espaces de production végétale Augmenter le taux de matière organique et l’activité biologique pour pouvoir stocker l’eau dans les sols jusqu’à la recharge des nappes, car pas de vie sans eau et pas d’eau sans vie ; Le renouveau agricole impose une transition agroécologique bénéfique aux bassins versants. En comparaison à d’autres pays, nous avons pris, par manque de réalisme et par assistanat, 10 à 30 ans de retard ! Il est pourtant reconnu et nécessaire que l’agriculture valorise sérieusement les services écosystémiques des différents éléments du paysage. La dynamique est claire, le cap est simple: Créer et développer un petit chevelu hydrographique grâce aux trames vertes, bleues, établies à partir des caractéristiques phytosociologiques des paysages, pour des paysages revisités, régénérés, restaurés et respectés Développer et aménager les paysages par des techniques d’hydraulique douce, apportant une valorisation optimale de l’eau verte par l’intégration de l’arbre au sein de l’outil de production Préserver les forêts sénescentes et les zones sauvages en tête de bassin versant pour des territoires plus à la résilience hydrique augmentée. La production agricole n’a plus le droit de générer des territoires érosifs, qui face à la multiplication des événements de pluies intenses retiennent très mal les eaux de pluies. Les solutions sont simples et à notre portée; Il est encore temps ! C’est vraiment dommage que la profession agricole, il y a 30 ans et trop timidement depuis, n’ait pas fait le choix d’endosser un rôle citoyen de limitation active des pollutions diffuses et donc de territoires d’excellence « producteurs d’eau potable»
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