BAISSIÈRE : ouvrage permettant de collecter l’eau bleue et d’optimiser l’eau verte

Pendant que cet article est écrit, il y a du grabuge dans l’hémicycle ! Plus particulièrement chez les producteurs de citrons et de kiwis de France. Le Journal officiel publie chaque semaine de nouveaux arrêtés, permettant d’adapter les cahiers des charges aux conditions climatiques : LA SÉCHERESSE.

 
 
 

Le 2 mars 2023, un arrêté est publié au Journal Officiel pour indiquer que le ministère de l’agriculture donne son accord pour modifier le cahier des charges de l’IGP “citron de Menton”. En effet, à cause des sécheresses à répétition, les citrons de Menton ne sont plus en mesure d’atteindre les dimensions initialement établies dans le cahier des charges de l’IGP, passant donc de 53 mm de diamètre à 45 mm. Les fruits de diamètre inférieur seront exclusivement réservé à la transformation.

 

Quelques semaines plus tôt, il s’agissait de l’IGP “kiwi de l’Adour” qui adaptait ses règles d’épandage des engrais azotés.

Crédit photo Steve Doig @Unsplash

Au même moment, il y a une annonce faite à l’occasion d’une conférence de presse des Régions de France le 1er mars, où le président de l’Assemblée de Guyane Gabriel Serville a proposé “d’organiser une solidarité” avec l’agriculture métropolitaine, promise à des sécheresses de plus en plus récurrentes, en organisant l’envoi de “tankers d’eau”. Puisque des départements en France métropolitaine sont en restriction depuis plus de 10 mois consécutifs et qu’aucune mesure n’est prise, ce territoire ultramarin qui “connaît des pluies torrentielles, en recrudescence absolue”, nous pouvons peut-être “imaginer que la Guyane soit demain un pourvoyeur d’eau douce”. D’après cet élu, il est opportun que la question se pose sérieusement, et qu’il serait pertinent de “prendre le temps de l’analyser”.

 
 
 

Selon Météo-France, la Guyane a connu en 2021 “l’année la plus arrosée depuis le début des observations météorologiques» dans cette région en 1955. Selon le service météorologique, la commune de Guyane la plus arrosée cette année aura été Roura avec 6082,5 mm, et la moins arrosée Awala-Yalimapo avec 2889,2 mm. De quoi faire saliver la France métropolitaine, qui reçoit en moyenne de 800 mm par an.

Crédit photo Prithivi Rajan @Unsplash

Ici, en Sud Aveyron ou dans le Lauragais, nous oeuvrons plus humblement. À l’image des paysans qui ont franchi le pas et ont choisi d’être accompagnés par Hydronomie pour faire face aux changements climatiques et ce de façon pérenne.

 
 
 

Nous avons commencé chez chacun, par dimensionner et réaliser des baissières ou noues pour les Nordistes. Les baissières sont des ouvrages simples de réalisation qui permettent de collecter l’eau de ruissellement, et donc de ralentir le ruissellement, pour répartir l’eau sur la longueur d’un versant, et lui permettre de s’infiltrer dans le sol, au fur et à mesure des capacités de ce dernier.

 
 
 

Les baissières / Noue / Swale

 

Fonctionnement :

 

Les baissières sont construites perpendiculairement à la pente et strictement sur courbe de niveau. Construite à partir de la terre, elle prend forme dès l’excavation du fossé créé. Les baissières forment simplement une sorte de nid qui collecte et ralentit l’eau de pluie de ruissellement, lui permettant de s’infiltrer et diminuer l’érosion. Si on implante des plantes ou arbres on obtient une meilleure stabilité du sol et de la capacité d’infiltration.

 

Objectifs :

 

Intercepte et infiltre les eaux de ruissellement dans des zones localisées.

 

Ainsi, la baissière permet de ralentir l’eau de ruissellement, en la collectant. Puisqu’elle est construite sur courbe de niveau, elle va permettre de répartir l’eau sur toute la longueur de l’ouvrage. Hydratant ainsi les crêtes asséchées du versant. Et enfin, permettre d’infiltrer l’eau dans le sol, par un effet “plume”, de l’eau bleue à l’eau verte !

Baissière - Crédit @hydronomie

Où l’utiliser ?

 
  • Utile sur les pentes jusqu’à 32,5%.

  • Non recommandé sur sol hydromorphe.

  • Non recommandé au sol pauvre en matière organique.

  • Dimensionnement pour le maximum de précipitations lors d’orage / la plus grande intensité de pluie

  • Les trop-plein sont à solidifier (empierrement par exemple) et placer en crête ou en bordure de parcelle.

 
 
 

Précaution

 

Il est primordial que les baissières et surtout les bourrelets / lèvres des baissières soient au même niveau, car si il y a des points creux sur la berge, l’eau suivant toujours les chemins les plus faciles pourrait endommager les travaux lorsque l’ouvrage est plein et créer une forte érosion, comme si nous n’avions rien fait !

 
 
 

Les bourrelets / lèvres des baissières peuvent être fortifiés à leur base par des roches et même sur toute leur hauteur en cas de gros orages et donc d’importants volumes de ruissellement

 
 
 

Fortifier les trop plein des baissières, surtout lorsqu’elles se suivent

 
 
 

Implanter un couvert végétal sur les berges de la lèvre afin de maintenir rapidement l’ouvrage et augmenter son potentiel d’infiltration.

 
 
 

Dans les région à fort vent, remplir la “cuvette” de la baissière avec de la matière organique carbonée (écorce, broyat, branche, etc…).

 
 
 

Pour associer une végétation pérenne à l’ouvrage, implanter les arbres ou arbustes en fonction de leurs besoins spécifiques et des conditions climatiques de la région. Exemple : pour les climats tempérés et les arbres ayant besoin d’humidité en été, placer l’arbre dans le fossé si il supporte d’être immergé en hiver ou en aval si il ne supporte par d’être immergé.

 
 
 

Pour protéger les baissières des animaux pâturant, il est tout à fait possible de placer un hérisson (fut d’arbre avec tronçons longs de branches) sur l’ouvrage. Seules le chèvres s’en amuseront, pour lesquelles seules une clôture protégera l’ouvrage.

 
 
 

Entretien

 

Vérifier leur état souvent et spécialement après de gros orages ou de fortes précipitations périodiques

 
  • Renforcer les bourrelets érodés

  • Vérifier les trop-plein et les fortifier si besoin

  • Les curer tous les 7 à 10 ans (en fonction de la vitesse de remplissage et des matériaux organiques alentour)

  • Si la baissière n’a pas été bien placée, il est possible de créer de petit barrage dans sa cuvette afin d’intercepter et de ralentir l’eau avant qu’elle ne s’échappe (les barrages intérieurs ne devraient pas être plus haut que les 2/3 de la hauteur du bourrelet)

Baissière en cours de réalisation dans le Lauragais - GAEC les églantiers - Crédit photo @Jacques Crespy

Dimensionnement

 

Tout ouvrage doit être dimensionné et ce : soit en fonction des besoins en eau de la zone soit des volumes de ruissellement collectables que l’on souhaite valoriser sur site.

 

Pour calculer le dimensionnement, plusieurs données sont nécessaires :

 
  • la surface de collecte d’eau de ruissellement = surface du bassin versant situé en amont de la zone pressentie à la construction d’une baissière

  • l’occupation et la nature du sol de toute la surface du bassin versant amont, afin d’en définir le coefficient de ruissellement

  • le volume des précipitations annuelles

 
 
 
Calcul du volume d’eau de pluie à collecter / an
 

Surface de collecte (m²) X moyenne annuelle de précipitations (mm) = total moyen des précipitations tombées sur une surface de collecte / an (L)

 
 
 
Calcul du volume d’eau à collecter pour une pluie donnée
 

Surface de collecte (m²) X quantité de pluie tombée en 1 fois (mm) = total moyen des précipitations tombées sur une surface de collecte / an (L)

 
 
 
Calcul du volume de ruissellement
 

Surface de collecte (m²) X moyenne annuelle de précipitations (mm) X Coefficient = Litres d’eau de ruissellement potentiellement collectables en plus des précipitations

 
 
 
Calculs du Volume de Ruissellement – Coefficient de Ruissellement
 

Il est indispensable de définir le coefficient de ruissellement de la surface de collecte d’eau de ruissellement afin d’affiner le volume d’eau potentiellement collectable par l’ouvrage. Par exemple un toit a un coefficient de 0,95 ce qui veut dire que 95% des précipitations tombées sur ce toit vont ruisseler. Le coefficient de ruissellement de n’importe quelle surface est fonction de sa composition et donc de sa capacité à retenir l’eau ou non. L’intensité de la pluie influe sur le coefficient : plus la pluie sera intense plus le coefficient de ruissellement sera élevé.

 
 
 
Quelques exemples de coefficient de ruissellement :
 
  • Toiture ou pavement imperméable (comme une rue goudronnée ou une terrasse en béton) : 0,80 – 0,95

  • Désert : fourchette de 0,20 à 0,70 / Moyenne : 0,30 à 0,50

  • Sol nu : fourchette de 0,20 à 0,75 / Moyenne : 0,35 à 0,55

  • Prairie / Zone herbagée : fourchette 0,05 à 0,35 / Moyenne : 0,10 à 0,25

  • Pour les graviers : utiliser le coefficient qui correspond au sol sous le gravier (nu ou enherbé)

  • Les sols drainants (riche en sable) ont un coefficient plus bas que pour les sol argileux, car l’aspect drainant permet à l’eau de s’infiltrer.

 
Calcul pour connaître le volume approximatif qu’une baissière peut contenir
 

Besoin de connaître les dimensions suivantes :

 
  • Profondeur de la baissière (depuis le point bas de la cuvette jusqu’au point haut du bourrelet)

  • Longueur de la baissière

  • Largeur de la baissière (partie cuvette)

 
Triangulation de calculs :
 

AIRE = ½ x largeur x profondeur

 

CAPACITE DE RETENU EN VOLUME = Aire x Longueur

 

VOLUME = ½ x Largeur x Profondeur x Longueur

 
 
 
Calcul pour connaître la Distance entre chaque Baissière
 

DISTANCE = Capacité de rétention de la baissière + (coefficient de ruissellement x précipitation d’un long orage)

Baissière réalisée sur la ferme de la Joncas en Sud Aveyron - En amont un passage de sous-soleuse a permis de décompacter le sol et donner une circulation différente à l'eau de surface. Crédit photo @Marlène Vissac

Retrouvez ici, le guide technique des baissières pour mettre en oeuvre en toute autonomie les stratégies adaptées à votre contexte :

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